Alors que la CIBJO, (Confédération internationale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des diamants, perles et pierres) s’apprête à clôturer les célébrations de son centenaire à
Des liens historiques de la CIBJO avec la France et l’Italie, à l’envolée du cours de l’or et aux profondes mutations du marché du diamant naturel, il livre sa vision d’une industrie en pleine transformation. Pour les joailliers européens, son message est clair : savoir-faire, créativité et image de marque sont plus que jamais essentiels pour préserver valeur et désirabilité.
Dr Cavalieri, la CIBJO célèbre cette année son centenaire. Pourriez-vous présenter l'histoire et la mission principale de la CIBJO à nos lecteurs ?
Fondée à Paris en 1926 sous le nom de BIBOA pour représenter le commerce de la joaillerie en Europe, la CIBJO est la plus ancienne organisation professionnelle internationale du secteur. Elle devient CIBJO en 1961, élargissant alors son champ d’action de l’Europe au monde entier.
La Confédération internationale de la bijouterie et joaillerie (CIBJO) fédère des associations nationales et internationales de la filière joaillière, ainsi que des organisations professionnelles issues d’une quarantaine de pays.
La CIBJO fait office de représentant officiel du secteur international de la joaillerie ; elle compte parmi ses membres et observateurs des représentants de tous les principaux pays actifs dans les domaines de l'exploitation minière, du commerce et de la fabrication, couvrant ainsi l'ensemble de la chaîne de distribution, de la mine au détaillant. Parmi eux figurent certaines des entreprises et marques les plus importantes du secteur, ainsi que des associations nationales représentant des millions de professionnels et de parties prenantes.
Ce rôle de représentation est officiellement reconnu par les Nations Unies, où la CIBJO est l’unique représentant de l’industrie joaillière auprès du Conseil économique et social (ECOSOC), ainsi qu’auprès d’autres instances, parmi lesquelles l’OCDE, le Pacte mondial des Nations Unies et l’Union européenne.
En tant que Président, quelles sont aujourd'hui les principales actions de la CIBJO en soutien à l'industrie de la joaillerie ? Quels sont les avantages pour le consommateur final ?
La CIBJO intervient sur les sujets qui permettent aux différentes composantes de notre industrie de dialoguer et de travailler ensemble efficacement, avec un objectif prioritaire : préserver la confiance des consommateurs dans notre secteur et dans les produits que nous fabriquons et commercialisons.
On peut comparer la CIBJO à un parlement : les délégués y représentent les différentes parties prenantes, débattent des enjeux du secteur et élaborent des politiques et des règles destinées à être appliquées dans l’ensemble de l’industrie.
De ces échanges naissent les normes, principes de fonctionnement et nomenclatures harmonisées publiés dans nos Blue Books et nos guides professionnels. Certains ont donné naissance à des normes ISO ; d’autres servent de fondement à des législations et réglementations nationales et sont utilisés par les tribunaux pour trancher des litiges.
Il y a vingt-cinq ans, la responsabilité sociale des entreprises consistait essentiellement à veiller à ne pas avoir d’impact négatif sur la société ou l’environnement. La CIBJO a contribué à élargir cette conception. À travers notre collaboration avec les Nations Unies, nous avons défendu l’idée que l’industrie joaillière devait également contribuer activement à créer des opportunités durables dans les pays et les régions où elle opère. Aujourd’hui, cette vision s’est largement imposée.
La CIBJO a choisi Paris — la ville où elle a été fondée — pour célébrer son centenaire. Quelle est l'importance de la France pour la CIBJO, tant historiquement qu'aujourd'hui ?
Nous avons été fondés à l'origine en tant que paneuropéens à Paris en 1926, c'est pourquoi nous avons commencé les célébrations au début de notre année du centenaire à Paris en novembre 2025, lorsque nous avons tenu le Congrès CIBJO dans la capitale française. Nous conclurons l’année du centenaire à Vicenzaoro, le principal salon italien de la joaillerie, en septembre, encore lors d'un Congrès de la CIBJO, qui s'appelle le Congrès du Centenaire.
L’axe France-Italie représente le cœur, l’âme et le moteur de la haute joaillerie en Europe et à bien des égards, dans le monde entier.
Dans l’univers de la joaillerie, Paris est avant tout connue pour abriter le siège de quelques-unes des plus grandes maisons de luxe. Si celles-ci s’adressent principalement à une clientèle très haut de gamme, elles sont aussi les grandes prescriptrices de tendances de notre industrie, imaginant des créations et des concepts qui inspirent les joailliers du monde entier.
Par leurs investissements dans le marketing et la communication, elles contribuent également à préserver le caractère aspirationnel de la joaillerie précieuse. À bien des égards, elles sont les gardiennes de notre flamme.
Dans un contexte de forte volatilité des marchés, marqué notamment par l’envolée du cours de l’or, quels risques et quelles opportunités identifiez-vous pour les fabricants et les marques de joaillerie européens ?
Toute situation comporte à la fois des risques et des opportunités. La hausse presque sans précédent du cours de l’or renforce d’un côté le rôle du bijou comme réserve de valeur ; de l’autre, elle augmente considérablement le prix des pièces à forte teneur en or, rendant particulièrement difficile pour les détaillants le maintien de certains niveaux de prix.
À mon sens, les fabricants et les marques européens doivent plus que jamais s’appuyer sur ce qui a toujours fait la singularité de leur joaillerie : l’excellence du design, du savoir-faire et de l’image de marque.
En haute joaillerie, comme en haute couture, le tout vaut plus que la somme de ses parties.
Qu’est-ce que j’entends par là ? Dans une grande partie de l’industrie joaillière, même si nous sommes parfaitement conscients du génie créatif nécessaire à la réalisation de nos pièces, nous continuons parfois à les considérer presque comme des matières premières, dont la valeur serait déterminée par le coût des diamants, pierres de couleur, perles et métaux précieux qui les composent. Cette approche se transmet au consommateur, qui peut alors être tenté d’évaluer le prix d’un bijou à partir du coût supposé de chacun de ses composants.
Les grandes maisons ne raisonnent pas ainsi. Certes, elles vendent de l’or, du platine, des diamants, des pierres de couleur, des perles ou du corail, mais elles vendent aussi du rêve et une émotion. Leur talent réside précisément dans leur capacité à valoriser la dimension intangible et inestimable du bijou, créant ainsi une valeur qui dépasse largement celle de ses seuls composants.
La plupart des acteurs de notre industrie ne disposent évidemment pas des budgets marketing des grandes marques. Mais nous devons apprendre à considérer le marketing non seulement comme un levier commercial, mais aussi comme un moyen de créer de la valeur ajoutée.
Lors d’une conférence organisée par CIBJO à Vicenzaoro en janvier 2026, l’expert du diamant Martin Rapaport s’est notamment penché sur la baisse des prix. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur le marché mondial du diamant ?
Le marché du diamant traverse actuellement une période de profonde mutation et plusieurs incertitudes doivent encore être levées avant que la situation ne se clarifie. Certaines sont d’ordre géopolitique, notamment les sanctions visant les diamants bruts russes et les droits de douane américains. Cette incertitude pèse sur l’activité comme sur la confiance des consommateurs.
Malgré les efforts de l’industrie pour obtenir des exemptions aux États-Unis alors qu’aucune source d’approvisionnement domestique n’existe, l’incertitude persistante continue d’affecter la confiance des entreprises et des consommateurs.
Une autre source d’incertitude concerne l’avenir de l’actionnariat de De Beers. Cela ne signifie pas que nous anticipions un bouleversement dans la gestion de l’entreprise, mais cette absence de visibilité incite naturellement les acteurs du marché à la prudence.
Il faut également prendre en compte l’influence des diamants de laboratoire sur le prix des diamants naturels taillés. Il est essentiel de dissocier clairement ces deux catégories de produits. Nous devons notamment abandonner la pratique consistant à utiliser les mêmes grilles tarifaires, même en appliquant d’importantes décotes aux diamants de laboratoire.
Il s’agit de deux catégories distinctes. La production de diamants synthétiques n’est pas limitée et peut répondre à la demande. Il en va tout autrement des diamants naturels : la quantité de pierres naturelles arrivant sur le marché est, par définition, limitée.
Pour le diamant naturel, une hausse de la demande face à une offre limitée conduira inévitablement à une hausse des prix.
L'avenir du marché du diamant naturel est un sujet récurrent à la CIBJO et à Vicenzaoro. Nous avons déjà exploré la question de savoir si un
Le Dr Gaetano Cavalieri est président de la CIBJO, la Confédération internationale de la Bijouterie, Joaillerie, Orfèvrerie, des diamants, perles et pierres, depuis 2001. Figure de proue de l'industrie internationale de la joaillerie, il a occupé plusieurs postes de direction représentant l'Italie dans le commerce international. En 2026, il a été nommé Grande Ufficiale de l'Ordre du Mérite de la République italienne, la plus haute distinction du pays.
La CIBJO célèbre son centenaire à Vicenzaoro
La CIBJO conclura ses célébrations du centenaire à Vicence, en Italie, où le Congrès du Centenaire de la CIBJO aura lieu du 4 au 7 septembre 2026, pendant le salon international de la joaillerie : Vicenzaoro. Organisé à la Fiera di Vicenza, le Congrès réunira des leaders et des experts de l'industrie internationale de la joaillerie, des pierres et des métaux précieux pour discuter de certains des enjeux les plus urgents du secteur, allant de l'approvisionnement responsable et de la durabilité à l'intelligence artificielle, la géopolitique, les diamants, les pierres précieuses colorées et les métaux précieux.
➙
➙ Lisez nos derniers articles en rapports de